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___-_'___ Nature : OS ____'''__ Personnages principaux : Gustav & Evie ___-___ Chanson : Iris____-_'__
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• 2o1o. San Francisco. six heures du matin--


Le ciel a une couleur de vomi de chat. Les nuages sont inexistants et toute la baie de San francisco semble dormir encore. Il est bien trop tôt, ou bien trop tard. Gustav regarde au loin, captivé par la vue du Golden Gate bridge. C'est le genre de lever de soleil qu'il adorait. Le genre de vue qu'il prenait en photo. Mais c'était avant. Sa vie d'avant il s'en souvient à peine. Il regrette les matins calmes, les journées agréables, les vrais sourires, les... à quoi bon faire une liste ? Il regrette tout de sa vie d'avant. « C'est déjà un miracle que tu aies un petit peu de répis mon vieux. » lance-t-il tout haut. Il jette un oeil à sa montre. Dans une demi heure pile, il replongera, il remettra le masque qu'il avait enlevé l'espace d'une heure. Aspirant une grande bouffée d'air frais, il ferme les yeux, essayant tant bien que mal de se souvenir de son bonheur passé. Un sourire léger se dessine sur son visage. Durant quelques secondes, il redevient le petit Gustav Schäfer d'autrefois. Lorsqu'il les ouvre de nouveau, il sait que l'heure a tourné. Qu'il est temps. Qu'une silouhette va fendre l'horizon et le ramener à la réalité. Sa tête pivote à gauche. Il l'a vu arriver, la démarche lente et lourde d'un homme à la carure imposante.

_________- « C'est l'heure. »
_________- « Je sais. »

Rien de plus, pas un sourire, pas un regard. De toute façon Gustav est incapable de la moindre politesse ou du moindre signe d'affection. Le garde du corps avance rapidement sur la baie. Derrière lui, Gustav s'efforce de presser le pas, malgré les réticences de son cerveau. Instinctivement il scrute les lieux, se sentant observé sans cesse. Arrivant au parking, le colosse ouvre la porte de la mercedes benz noire. Gustav monte sans un mot, et pose ses fesses sur le siège en cuir. Le jeune garde du corps s'installe côté conducteur et appuie sur start. La voiture ronronne et les voila partit sur les routes de San francisco, mille fois empruntées. Il fait jour maintenant, mais le soleil semble timide.

_________- « La journée va pas être terrible, y'a du vent et j'pense qu'on pourrait bien avoir de l'orage ! »
annonce le garde du corps tournant légèrement la tête vers la banquette arrière.
_________- « Oui Hanz... oui ça se pourrait... »

Constatant l'humeur morose de son protégé, Hanz n'insiste pas et passe la quatrième. Il fait trop chaud dans cette voiture, Gustav suffoque. Machinalement, il appuie sur le bouton encastré dans sa portière pour descendre sa vitre. Le vent à juste le temps de s'engouffrer dans la mercedes et déjà Hanz gesticule et hurle de la remonter à l'instant. Gustav n'écoute pas, n'écoute plus. Ces discours sur sa sécurité il les connait par coeur. Juste un peu d'air, juste un peu, est-ce trop demandé ? Refoulant les insultes qui lui arrivent en bouche, il appuie de nouveau sur le bouton et croise les bras avant de fermer les yeux, enfonçant son crâne dans l'appuie-tête et soupirant aussi fort que possible. Hanz préfère arrêter ses reproches, il sait combien Gustav déteste toutes ces mesures, combien il se sent mal. De toute façon l'hôtel est juste là. Le CLIFT. « An overnight sensation ». Soit 1220 $ la nuit dans la suite Deluxe que Gustav occupe actuellement. Il regarde d'un air blasé, l'immense façade en pierre. Il connait chaque pot doré, chaque plante, chaque voute de cet endroit magnifique. Les voitures de luxe s'entassent devant l'entrée, desquelles sortent des créatures parées de bijoux aussi cher que la suite Deluxe. Elles arpentent le tapis rouge en gloussant. Gustav soupire une nouvelle fois. Il ne sait pas très bien pourquoi. Toutes ces choses l'ennuient et le dégoutent. Il regarde, inquiet les alentours. Elles sont là. Elles sont toutes là. Il n'a qu'un seul souhait : qu'elles partent, qu'elles l'oublie, qu'elles les oublient rien que cinq minutes. Elles attendent toutes, assises par terre, fumant, riant, discutant. Gustav sent le noeud dans son ventre se resserrer à nouveau. Elles sont une bonne centaine. La plupart ont dormi ici-même, sur le trottoir froid de la Geary Street. Hanz, sans ralentir l'allure pose la question habituelle à Gustav. Passer par derrière ou non. Gustav rit, sans doute par le ridicule de la situation. En effet, par la petite porte de derrière il y a tout autant de fans, attendant la même chose. D'habitude, il est d'usage de passer par là, c'est moins voyant. Mais aujourd'hui, spécialement aujourd'hui, Gustav a envie de passer par l'entrée principale. Hanz acquiesce. Il stoppe la voiture à l'emplacement prévu et se détache. Les jeunes filles, comme ayant reçu une charge électrique se lèvent d'un bon, sortant de leur léthargie passagère et se postent, en ligne devant l'entrée. « Allez, seulement quelques mètres à faire. » murmure Gustav pour se donner un peu de courage. Il observe déjà l'agitation depuis sa voiture. Et affronter cela à nouveau ne l'enchante pas vraiment. Les américaines brandissent leurs posters, leurs cartes et autres babioles à faire signer. Signer... Fut un temps, Gustav aimait signer, mais il aimait surtout le contact avec les fans, pouvoir les rendre heureuses avec un simple sourire. Aujourd'hui, tout a bien changé. Elles sont si agressives... si étranges. Il les voit hurler, se battre pour être devant. Il voit les employés de l'hôtel se débattre comme il peuvent contre cette furie ambiante. Hanz descend, referme la portière. Gustav est seul, seul dans sa voiture de luxe à se demander ce qu'il fait au milieu de ce merdier. Il fait craquer nerveusement ses doigts, sachant pourtant qu'il lui suffit de traverser et d'entrer. Hanz s'approche de sa portière et finit par l'ouvrir. Quelques secondes s'écoulent. Il n'y a plus un bruit, comme si chaque personne présente avait retenu son souffle. Gustav, lui, a la sensation que son coeur est pris dans un étau et que son corps entier va le lâcher d'une minute à l'autre. Il pose un pied à terre, puis un autre. Le contact du tapis moelleux lui donne des frissons. Il sait qu'il est trop tard pour reculer. Qu'il ne peut pas se défiler, remonter dans la voiture et démarrer en trombe. Aspirant lentement, il se dresse hors du véhicule. Et le temps reprend son cours normal. Les fans crient, hurlent, Hanz passe son bras dans le dos de son protégé pour le pousser à avancer plus vite. Gustav ne contrôle rien. Il entend simplement un bourdement affreux dans ses oreilles, il ne distingue rien d'autre qu'une tâche rouge, une sorte de piste qu'il doit suivre pour ne pas se perdre. « TOUT CA SERA BIENTÔT FINI GUSTAV ! » Il ne sait pas s'il vient de rêver, si c'est une phrase sortie de son esprit ou si quelqu'un vient réellement de lui crier cette phrase en allemand. Il ne se retourne pas pour autant, bien que troublé, et continue sa course vers le calme. Les jeunes groupies sont déçues, crient au scandale en réalisant qu'elles n'obtiendront rien de lui ce matin. Gustav redresse la tête, qu'il avait baissé le plus bas possible jusque là. Enfin... enfin la porte est passée et il regrette déjà. Il aurait voulu faire plus, un sourire, un coucou... juste quelque chose qui prouverait que le Gustav d'autrefois n'a pas totalement disparu. Il stoppe son élan effréné et se retourne vers ses jeunes filles qui ont fait de lui ce qu'il est. Il a cette pointe de nostalgie dans les yeux, et cette tristesse surtout. Il échange un, ou deux regards peut-être avec elles, et finit par monter les marches des escaliers une à une, ignorant qu'Evie de l'autre côté de la vitre projette déjà l'impensable.

Evie, 19 ans. Elle vit à North Beach avec sa mère depuis plus de 4 ans, suite au divorce de ses parents. Autant dire qu'elle est à deux pas du Clift. Elle se tient depuis hier sur le trottoir, espérant vainement un signe d'attention de la part de son groupe favori. Son téléphone portable sonne toutes les dix minutes, c'est sa mère. Evidemment, comme toutes les mères elle est inquiète. Evie a trouvé préférable de ne pas l'avertir de sa visite improvisée à l'hôtel. De toute façon, Amanda prendrait encore son air exaspéré, lèverait les yeux au ciel et expliquerait pour la centième fois qu'à 19 ans il faudrait avoir d'autre priorité. Evie n'en n'a que faire. Des priorités autre que Gustav elle ne connait pas. Elle sait que sa mère n'oserait pas lui enlever la seule chose qui l'avait rammené à la vie. Il y a deux ans, elle était au plus bas. Au plus mal. Enfermée dans une chambre d'hopitâl sordide. Elle sombrait et se laissait sombrer. Sa mère ne l'a jamais su, mais tout ça est arrivé à cause de Connor. Connor, c'était le bel étudiant de 24 ans dont Evie était amoureuse. Comme toutes les filles de son âge, elle s'est laissée embobiner. Connor ne fut pas très dur à séduire. Evie était jolie et intelligente, très mature pour son âge. Le divorce de ses parents l'avait endurcie et poussé à grandir plus vite. Elle l'aimait, ça n'était pas réciproque évidemment. Lui s'amusait, couchait avec elle souvent. Il l'aimait bien la petite Evie. Mais voila, c'était la petite Evie. Un bébé. Un jour, Connor lui a annoncé qu'il partait. Qu'il allait se marier et la laisser toute seule. Ce jour là, le coeur fêlé d'Evie s'est broyé littéralement. Elle eut l'impression que tout son monde s'écroulait. La bouche sèche, le coeur en miette, elle l'avait regardé froidement. Elle n'avait pas pleuré et lui avait simplement lancé : « Je suis enceinte pauvre connard ! » . Connor avait semblé attristé l'espace de quelques minutes. Puis, il lui avait demandé d'avorter, avant de disparaître à bord de son nouveau pick up. Evie est restée longtemps dehors sans rien dire. Et puis la clinique, l'avortement, la honte. Et puis l'anorexie. L'anorexie qui l'a conduite à l'hopital. Elle voulait simplement disparaître. Etre si maigre qu'on ne la verrait plus. Frôler la mort pour être sûre d'etre toujours en vie. Elle passait ses journées de convalescence devant la télévision. Amanda faisait son possible pour l'aider, mais les larmes coulaient à flot dès qu'elle pronnonçait la moindre parole. Un soir, alors que sa mère se lavait les mains dans la salle de bain, Evie, qui zappait sur toutes les chaînes, tomba sur eux, 4 jeunes allemands. PAF. Le choc. Elle même ne saurait expliquer pourquoi leurs visages, pourquoi « 1ooo oceans » a mis autant d'étoiles dans ses yeux, autant de bonheur dans son coeur en un instant. La vie lui a alors paru plus simple, moins dure à affronter. Elle avait trouvé un but, quelque chose pour se raccrocher à la vie, pour avancer. La vie par procuration, c'est tellement plus facile. C'est un but fictif, mais ça lui fait du bien de voir au delà de ses quatre murs d'hôpital. Deux ans maintenant, deux ans qu'elle est revenue de l'enfer, deux ans qu'elle les poursuit de villes en villes, de pays en pays. En faisant un rapide calcul, elle a déjà parcouru plus de 53ooo kilomètres pour eux, soit un tour du monde complet. Pour une seconde, une minute, deux heures en leur compagnie. Les gens diront que c'est de la folie. Pas Evie. Evie marche à l'instinct. Et faire tout cela, arrêter ses études, dépenser tout son argent pour eux... c'est naturel. C'est comme une évidence. Elle ne se lasse pas des concerts, des promos, de ces moments bourrés d'adrénaline et de bonheur. Ils lui ont sauvé la vie. Et les en remerciera toujours. Elle lui en sera toujours reconnaissante. Lui... Gustav. Son préféré depuis le départ. Durant toute l'emission elle n'a regardé que lui. Sa casquette vissée sur le crâne, il semble toujours plus en retrait que les autres. Elle le trouve si craquant. Mais ce qui la trouble encore plus, c'est cette part d'ombre, cette part de mystère qu'il dégage. Elle se plait à croire qu'il lui ressemble, que lui aussi c'est un écorché vif, qu'il a mal et se fait tout petit pour continuer de vivre. En quelques secondes elle avait trouvé un modèle, une personne qu'elle pourrait aimer sans souffrir. Oui, elle l'aime. C'est bien au delà du fanatisme. Rien n'est réel, rien. Pourtant elle se laisse bercer par ses illusions. Elle l'aime, point. Il y a tout juste vingt minutes, elle l'a vu sortir de l'hôtel en trombe, et partir loin d'elle. Son coeur a failli exploser. Il avait cette jolie casquette rouge et noire qu'elle aime tant, celle qu'il portait le jour ou il est entré dans sa vie. Elle lui a fait coucou. Mais il n'a pas vu. D'ailleurs il ne la voit jamais. Maintenant, elle attend. Elle attend qu'il revienne. Les autres fans sont en groupe, et s'apprêtent à finir leur nuit. Evie s'isole, toujours debout devant l'entrée. Elle reste seule. Les autres fans l'insupporte. Elle voudrait les avoir pour elle seule. Elle le sait, elle attendra toute la journée debout s'il le faut. Le vent a redoublé d'intensité, il s'engouffre avec violence dans la Geary Street. Evie ne peut s'empêcher de se demander ce que fait Gustav à cet instant. Depuis plusieurs mois, elle a remarqué que ce qu'elle pensait être sortit tout droit de son imagination s'avère être bel et bien concret. Gustav va mal. Et elle se l'est juré, elle le sauvera, comme il l'a sauvé, elle sait déjà comment. Tout est planifié au millimètre. Un mois entier à tout préparer, un mois qu'elle retrace cette journée. Elle n'a pas peur, elle sait que tout sera parfait. Les yeux dans le vague, perdue dans ses pensées, Evie ressemble à une jolie poupée de porcelaine, un peu triste. Les passants l'observent, et ne voient en elle qu'une montagne de tristesse. Alors que l'aube avait marqué une acalmie, les employés de l'hôtel sortent et installent, non sans peine, une série de barrière métallique. Evie n'a pas besoin de bouger, les fans arrivant de toutes part se postent à ses côtés et derrière elle, comprimant son estomac sur les barreaux argentés. Elle déteste tout ça. Elle déteste cette ambiance, elle déteste ces fans qui ne comprenent rien. Pestant contre le monde entier, elle ne répond pourtant à aucune des insultes qu'on lui lance. Evidemment elles l'ont reconnu. Evidemment... Il y a un an, Evie a commencé un blog, pour raconter toutes ses aventures Tokio Hotelienne. Et surtout se rappeller de tout, pouvoir ainsi analyser l'évolution de Gustav et ses camarades. Un mois durant, elle n'avait presque pas de visites, très peu de commentaires. Et puis, de fil en aiguille, et surtout depuis sa fameuse photo avec Gustav, sa popularité avait pris une proportion démesurée. 973 o52 visites en un an, 4o 697 visites en un mois, 5o o36 commentaires, 8 153 amis. Evie trouvait cela stupide. Elle n'avait pas mérité toute cette attention. Elle n'avait rien demandé à personne et recevait chaque jour des menaces, des compliments et même des déclarations. Et elle continuait son blog, non par masochisme, mais pour elle-même. Ce blog c'était aussi des souvenirs à l'état pur et la possibilité de se rendre compte de la bêtise des fans. Elle comprenait mieux pourquoi Gustav n'en pouvait plus. Elle n'en pouvait plus non plus. On l'insultait sans cesse. A force ses oreilles c'étaient habituées, mais elle sentait toujours cette boule dans sa gorge revenir. La bulle de bonheur qu'elle s'était gonflée était sans cesse picorée par des énergumènes à pantalons oranges et cheveux roses, telle que la fille postée à sa droite qui, lui donne des coup de coude dans l'espoir qu'elle cède la place. Evie rit intérieurement. Les coups, elle connait par coeur et ça ne lui fait pas peur. Bien au contraire. La pink girl tient fermement dans sa main, un magasine people. En première page, on retrouve Bill, Tom et Georg en boîte, leurs visages sont déformés par l'alcool et la drogue, et l'on devine les traces de lutte sur le cou de Tom. « Scandale ! Les Tokio Hotel sombrent de nouveau ! » Evie soupire, de dêpit, de dégoût. Des articles comme ceux-la on en trouve à chaque coin de rue depuis un an. Les débordements des Tokio Hotel font les choux gras de la presse, les paparazzis s'en donne à coeur joie et ne leur laissent pas une seule seconde de répis. Evie ne leur en veut pas. Elle sait bien que tout ça s'est arrivé à cause des fans. Elle en a conscience. Mais elle a l'espoir fou qu'un jour tout sera comme avant. Elle sait, au fond d'elle, qu'elle jouera un rôle désisif dans la guérison des TH. Alors qu'elle tente de lire la suite, une mercedes benz noire se gare à quelques mètres d'elle. « Le voila, enfin. » murmure-t-elle pour elle-même. Les fans s'entassent sur son corps mince mais elle sait qu'elle ne pliera pas. Gustav sort de sa voiture, le coeur d'Evie se rempli de bonheur. Son sourire s'affiche instinctivement. Elle sait ce qu'elle a à faire, ce qu'elle doit dire. Cette phrase elle l'a répété mille fois dans sa tête. Elle l'a apprise par coeur. Gustav est désormais presque à sa hauteur. Evie regarde le jeune batteur avancer d'un pas mal assuré. Elle voudrait juste l'enlacer, lui dire que ça va aller, que ce soir il ira mieux. Le petit blond est juste devant elle. « TOUT CA SERA BIENTÔT FINI GUSTAV ! » Silence. Elle a crié plus fort que tout le monde et réalise que Gustav l'a forcément entendu. Elle est heureuse. « A ce soir... » finit-elle par articuler au milieu des injures. Ce n'est qu'une fois dans l'hôtel que Gustav se retourne et la regarde, elle. Evie a tout a fait conscience qu'il ne la voit pas vraiment. Mais croiser son regard à nouveau lui donne la force de continuer ses plans jusqu'au bout. Toutes les jeunes filles se rassoient sur le trottoir, Evie, elle, toujours ce sourire idiot sur les lèvres, reste debout, et sort de la poche de son jean un paquet d'American spirit, l'ouvre et en tire une cigarette, l'allume et tire une première bouffée, longue et savoureuse. En recrachant la fumée toxique elle ferme les yeux.

_________- « Le concert de ce soir promet d'être mémorable. » annonce-t-elle dans le vide.
_________- « Vous y serez ? »

Evie ouvre les yeux. Un employé de l'hôtel chargé de la sécurité, la trentaine, se dresse devant elle.

_________- « Oui... » répond Evie, méfiante.
_________- « Vous deviez faire la queue, sinon vous allez vous retrouver derrière. »
_________- « Aucun risque. Croyez bien que sinon je ne me trouverais pas ici en face de vous. » dit-elle en souriant.
_________- « Ah. » répond il perplexe. Sans plus de cérémonies pour la faire déguerpir, il tourne les talons.

Evie n'a pas besoin de faire la queue. Sa mère peut lui avoir des pass VIP à chaque fois. Jamais de backstages, mais des premiers rangs assurés. Le temps ne la presse donc pas. Elle imagine ces milliers de filles, qui attendent déjà depuis hier. Dormant dans des tentes au milieu du parking sordide de l'Oracle arena. Impossible de se laver, de manger sainement et de dormir correctement. Les évanouissements lors du concert sont donc très fréquent. Au début, Evie culpabilisait un peu de leur passer devant sans avoir eu à endurer ces conditions de vie excecrables. Aujourd'hui, elle n'a plus aucuns états d'âmes à ce sujet. Qui ne profiterait pas d'un tel avantage ? Et puis, le premier rang est bien assez grand, et Evie n'est pas bien grosse. Elle a appris que de toute façon dans ce genre de situation c'est chacun pour sa peau. Une sorte de jungle moderne. Evie vient de finir sa cigarette, il est 7hoo. Elle sait d'expérience que le groupe allemand ne montrera pas le bout de son nez avant 14hoo. Hors de question qu'elle attende ici aussi longtemps. Elle décide donc d'appeller sa mère, pour lui dire qu'elle rentre à la maison. Son samsung flambant neuf est collé à son oreille, une seule sonnerie et sa mère déccroche déjà. Elle est morte d'inquiétude. Evie explique, sans trop en dire. Elle rentre, c'est le principal. Elle range le gsm dans son sac à main en cuir noir. Préférant rentrer à pied qu'en métro, elle avance lentement vers son quartier. Leavenworth Street, puis Hyde Street, un tournant, Bay Street et enfin la fameuse Columbus avenue qui la ramène dans son quartier qu'elle a appris il y a peu à apprivoiser. Cette avenue est immense, et, à 7hoo, tout le quartier est en éveil. Les bouchons commencent déjà. Evie s'en moque. Elle tourne dans sa rue. Greenwich Street. Elle passe le portail de sa jolie maison bleue claire, typique américaine. Elle entre, sa mère l'attend comme d'habitude dans le salon. Assise sur le canapé, interdite. Evie pose son sac, retire ses chaussures et rejoint sa mère sur le canapé gris.

_________- « Tu le sais bien maman... tu le sais bien que j'en ai besoin. » elle se blottit contre sa mère.
_________- « Je sais Evie... mais j'ai peur pour toi. » répond sa mère en lui caressant les cheveux.
_________- « Je vais bien. J'en ai juste besoin. »
_________- « Alors préviens moi quand tu vas à leur hôtel. Ca me rassure. »
_________- « Maman... » Evie hésite. « J'ai parcouru les trois quart des USA, je suis allée six fois en Europe seule. L'hôtel est à
_________quelques mètre d'ici... »
_________- « Ce n'est pas une raison. Préviens moi Evie, c'est tout ce que je te demande. »
_________- « Alors promet moi de ne plus me faire la tête quand je rentre. »
_________- « Tu voudras que je t'emmene ce soir ? »

Evie sourit. Sa mère esquive toujours les promesses.

_________- « S'il te plait. »
_________- « Quelle heure ? »
_________- « Le concert est à 2oh45. Il faut que j'y sois au moins à 18h3o. » calcule Evie.
_________- « Bien. Je vais faire des courses pour ce midi, tu veux venir ? » demande sa mère.
_________- « Non, j'ai encore des tas de choses à préparer. »
_________- « A tout à l'heure. »

Amanda lui dépose un baiser sur le front et quitte la maison, armée de son sac et de ses clefs de voiture.

Evie, après avoir entendu la porte claquer, monte à l'étage. Première porte à gauche, sa chambre. Elle entre et s'installe immédiatement à son bureau. La chambre d'Evie est restée à l'état de chambre d'ado. Il n'y a plus un seul centimètre de tapisserie. Tout est recouvert par des posters de Tokio Hotel. Et surtout, surtout il y a des photos de Gustav partout. Des coeurs, des déclarations. Une jeune fille de 19 ans ne serait pas si naïve d'ordinaire, et ne tomberait pas amoureuse d'un batteur. Mais Evie n'est pas ordinaire. Assise, elle allume sa lampe de bureau et ouvre le tiroir de gauche. Elle en sort un petit carnet rouge. A l'intérieur, des notes gribouillées à la hâte. Des plans aussi. Elle relit le tout et note encore deux ou trois choses. Comme tous les soirs depuis un mois, elle jette ensuite un coup d'oeil au tiroir d'en dessous. Elle en sort une boite métalique, l'ouvre à l'aide d'une clef en acier. Le pistolet semi automatique PX4, calibre : 9mm est toujours là. Comme attendant son heure. Evie caresse le revolver bronzé noir. Il est chargé. Elle le sait, sa mère l'a chargé devant elle. Il y a quelques mois un délinquant est entré par éfraction dans leur maison. Depuis, sa mère, morte de peur, avait acheté cet engin mortel. Il est petit, facile à dissimuler. Evie visualise déjà la scène de ce soir. Elle n'a pas peur, elle ne tremble pas. Depuis un mois elle se prépare à toutes les éventualités. Elle s'est entrainée au tir, tous les soirs de la semaine. Ce n'est pas une excellente tireuse, mais elle se débrouille. Elle referme la boîte et la replace dans le tiroir. Elle soupire et appuie sur le bouton « play » de sa chaine hi-fi. « Room 483 ». Evie prend cet air nostalgique qui lui va si bien et finit par s'affaler sur son lit, s'enroulant dans la couverture. « Cinq minutes de pause, ensuite je m'y remet. »


• Le Clift. 1oh3o--

Gustav est assis depuis plus de 3hoo devant le bar de l'hôtel. Un bar pourpre, des lumières tamisées et tout semble totalement démesuré. L'ambiance se veut chaleureuse, cosy, mais ne traine ici que de vieux hommes d'affaires ou des jet-setteurs en manque d'alcool. Décidement, Gustav déteste cet endroit. Mais c'est toujours mieux que sa suite immensément vide. Ses acollites dorment toujours et ne se lèveront pas avant onze heure. Soit l'heure des interviews. Gustav s'empiffre de cacahouètes. Il sait que, de toute façon il n'aura pas le temps de déjeuner. Et puis avec ce noeud à l'estomac il ne pourra pas manger grand chose. Contrairement aux autres, il a plutôt maigri depuis 1 an. Il scrute la pièce, cherchant un endroit ou poser son regard. Autour de lui, il ne voit que des ombres. Les gens qui restent dans cette salle sont tout comme lui, brisés. Tous ont un verre, ou même plusieurs verres devant eux. L'odeur de l'alcool l'ennivre. Il en boit plus qu'autrefois. Les soirées sont quotidiennes et resister lui est de plus en plus difficile. Heureusement, il est le seul à ne pas avoir touché à la droque. Il s'en félicite chaque jour et déplore l'attitude de ses amis d'enfance. « Une vodka s'il vous plaît. ». Le barman, sans se poser de question, pose la coupelle sur le bar et y verse le liquide transparent. Gustav attrape son verre et fixe le liquide. A cet instant cette phrase lui revient en tête : « TOUT CA SERA BIENTÔT FINI GUSTAV ! ». Il ne sait même plus s'il l'a imaginé ou si quelqu'un lui a réellement crié au milieu des aboiements des groupies. « bientôt fini... » ça raisonne, bourdonne dans sa tête. Il aimerait que se soit vrai. Que ça s'arrête pour de bon. Il refoule les larmes qui lui montent dans les yeux et avale d'une traite sa coupelle de vodka. Il sait que ça n'est pas raisonnable, que dès le matin c'est mauvais signe d'avoir besoin d'une dose. Tant pis. Il le faut, ses mains tremblent trop et son cerveau réfléchit trop. Il sent l'alcool parcourir ses veines, et le soulagement qui l'accompagne. « Clic clac. » le batteur ne se retourne même pas, n'essaie même pas d'échapper aux objectifs pointé sur lui. De l'autre côté de la vitre, pourtant dissimulées par d'épais rideaux rouges, deux paparazzis se cachent derrière leurs appareils. Gustav sait bien que sa tête finira en tête d'affiche avec un titre accrocheur et destructeur. Quoi qu'il fasse, ou qu'il aille, ils sont toujours là à épier chacun de ses gestes, à apréhender le moindre faux pas. Il ne se défend plus depuis longtemps et laisse les ragots se propager. Les deux voyeurs s'éloignent. Visiblement ils se sont rassasiés du spectacle. Les autres ne devraient plus tarder. Gustav rassemble ses forces pour se lever, il laisse sur la table un billet de 1oo $ et s'en va. Le barman n'a pas le temps de le rappeller. Qu'importe, de l'argent il ne sait plus qu'en faire. Il se rend au salon lounge. Lieu de rendez-vous pour l'interview puis la conférence de presse. « Hallelujah ! » ironise-t-il en pensant à tout ce qui l'attend. Les même questions incessantes, les mêmes moqueries et les même reproches. Fini, Bill le romantique, fini les questions sur leur plat préféré, fini les blagues sur les conquêtes de Tom. Fini. Bel et bien fini. Onze heure. Tom, Georg et Bill descendent lentement les marches. Lunettes de soleil vissées sur le visage. Bien entendu, la veille ils n'ont pas pu s'empêcher de faire la fête. Tous ont la gueule de bois, et les yeux explosés. Gustav se redresse, il ne leur fera pas la morale. Il a abandonné l'idée. La maquilleuse est avec eux, les gardes du corps... et finalement, pratiquement tout le staff. Ne s'adressant pas une parole, les 4 musiciens s'engouffrent dans le salon lounge. Tout est déjà prêt pour la conférence et un canapé en cuir noir a été installé pour l'interview. Chacun prend place, Bill, Tom et Georg retirent leur lunettes. Effectivement ils font peur à voir. Leurs cernes descendent jusqu'aux joues et ont pris une jolie couleur violette. Leurs yeux sont injectés de sang, leurs bouches sont pateuses, les teints blafards... de véritables morts-vivants. Gloria peste une nouvelle fois contre leur mauvaise hygiène de vie et commence à appliquer une bonne couche de fond de teint sur le visage fatigué de Bill. Les autres attendent patiemment leur tour dans un silence pesant. Gustav se sent mal. Il a envie d'alcool. Il a envie de quelque chose de fort. Il se lève, marche un peu. Il essaie tant bien que mal d'occuper son esprit.

_________- « Tu veux bien poser ton cul et arrêter de gesticuler ?! Tu me donnes le tournis ! » lance Tom exaspéré.
_________- « C'est quand même pas de ma faute si tu t'es encore défoncé ! »
_________- « Ca va, pas la peine de me faire ta morale à deux balles. Assied toi et calme toi. »

Il est inutile d'insister. Frissonant, il s'execute. Gustav le sait, cette journée va être longue et éprouvante. Le staff est partit informer les journalistes du protocole d'usage, qui ne sera evidemment pas respecté, et du retard habituel que les garçons ont pris sur leur planning. Gustav constate que l'hôtel a eu la charmante idée de placer un buffet au fond de la salle. L'odeur même de la nourriture lui donne des renvois désagréables. Il sent qu'il va flancher, que son corps va refuser d'en faire d'avantage. Sa seule crainte, craquer devant une armée de journaliste qui s'en réjouierait. Pour maitriser ses angoisses, il se mord la lèvre inférieure et respire profondément par le nez. C'est enfin son tour. Gloria se poste devant lui et applique délicatement le fond de teint. « Détend toi. Ca va être une belle journée. » Gloria lui sourit. Lui de même. Une belle journée...


• Greenwich Street--

Il est midi. Evie a fini de poffiner les détails. Elle déchire la feuille récapitulative, referme son carnet rouge et le range. Elle fourre la feuille dans sa poche de jean. Elle sourit, admirant avec envie les lèvres de Gustav collées sur le mur juste en face d'elle. Elle s'apprête à descendre quand la porte s'ouvre.

_________- « Chérie, on mange. »
_________- « J'arrive. »

Sa mère était rentrée une bonne heure auparavant. Evie avait pu continuer ses activités sans problèmes, elle savait que sa mère était bien trop occupée en cuisine pour monter la voir. L'odeur du crabe se répend à présent dans toute la maison. Evie adore le crabe. Amanda a probablement préparé des « clam chowder » . L'eau à la bouche, elle rejoint bien vite sa mère dans la cuisine et s'installe à table. Leur cuisine est minuscule mais après tout, la mère et la fille n'invite jamais personne ici. C'est leur nid, leur univers. Evie jubile, sa mère vient de poser deux pains ronds garnis sur la table. Sans plus attendre, la jeune malheureuse entame son plat, se brûlant la langue et recrachant le tout aussitôt.

_________- « Evie ! Attend un peu c'est chaud ! »
_________- « J'avais remarqué. »

Sa mère rit. Il y avait si longtemps qu'elle n'avait pas rit. Depuis la déchéance de sa fille, elle avait perdu son sourire, et les rides avaient gagné son visage plus vite que prévu. Pourtant, elle est magnifique quand elle sourit. Ses yeux verts pétillent, et les fausettes de ses joues remontent. Systématiquement, elle replace une mèche de ses cheveux noirs derrière son oreille. C'est si rassurant de la voir heureuse, de la voir bien. Evie sait bien que plus jamais elle ne verra ça. Que c'est la dernière fois de sa vie. Elle n'est pas triste pour elle, mais pour sa mère. Elle voudrait tout faire pour que sa maman garde ce rictus pour toujours. Sa mère finit par s'installer à table juste en face d'elle. Elles soufflent toutes les deux sur leur « clam chowder » et les entament en silence. « Mmmmmh. » Evie savoure chaque bouchée. Sa mère la regarde attendrie. Elle a du mal à réaliser qu'il y a peu sa fille peinait à manger une feuille de salade. La voir recouvrer l'appétit est l'un des plus beau cadeau qu'elle lui ai fait. En cela, elle remercie Gustav elle aussi. Elle sait que sans lui, Evie serait restée murée dans son silence, dans sa peine. Le goût de la vie elle l'avait retrouvé grâce à lui.

_________- « J'ai fais des pancakes pour le dessert, tu en veux ? »
_________- « Oh oui... »

A croire qu'Amanda a compris ce qui se trame. A croire qu'elle sait. Seulement en regardant dans les yeux de son enfant. Elle a préparé le plat préféré d'Evie. Ce plat qu'elle n'aura plus jamais l'occasion de goûter. Elle imprime chaque moment passé avec sa mère. Chaque seconde a une intensité particulière. Les pancakes arrivent sur la table. D'énormes pancakes bien gras. Evie plante sa fourchette dans le premier, le pose dans sa propre assiette et dévore le tout.

_________- « Dis maman, tu m'aimes ? » demande Evie le plus naturellement du monde.
_________- « Oui chérie. » répond sa mère un peu déconcertée.
_________- « Je vais me préparer, c'est un jour parfait pour les attendre à l'hôtel. Ne t'en fais pas, je serais là à 18h, pour que tu _________m'emmenes. »

Sa mère n'a pas le temps de répondre qu'Evie est déjà dans sa chambre. Elle ouvre son armoire. Dans son esprit c'est très clair, même ses habits elle les a choisi minutieusement. Son pantalon blanc, son haut noir décolleté, taille empire. Elle retire ses fringues usées et enfile les neuves avant de s'observer longuement dans la glace. Elle place les mains sur son ventre. Elle se rappelle que pendant quelques temps, l'enfant de Connor vivait là. Refoulant ses souvenirs, elle ouvre le tiroir, la boîte et sort de nouveau le revolver, qu'elle pointe sur son reflet dans le miroir. « BANG ! » crie-t-elle. Abaissant l'arme, elle la coince dans son pantalon à l'endroit de la fermeture éclair et imite les fouilles au corps. Elle connait par coeur les fouilles pendant les concerts. Elles sont quasiment inutiles. Les femmes ne touchent que sur les côtés, sur les jambes, les chevilles et avec ce haut, aucun risque que l'on découvre quoi que se soit. Elle sent le revolver appuyer sur son ventre, ce qui la fait frissonner. Elle le retire bien vite et le replace dans son étui. Elle se dirige ensuite vers sa petite salle de bain à carreaux roses. S'inspectant dans le miroir, elle entame le long processus du maquillage et de la coiffure parfaite. Une fois la dernière mèche laquée, elle inspire, et finit par redescendre.

_________- « Magnifique, comme d'habitude. »

Evie sourit, elle enfile ses talons noirs, prend son sac à main et sort en faisant au revoir de la main à sa mère. Le chemin vers l'hôtel elle le connait par coeur. Ses pieds s'usent à emprunter les même rues. Elle est partie en avance. Les garçons ne vont pas sortir tout de suite. Elle marche lentement, se faisant siffler par tout le quartier au passage. Elle ne le montre pas, mais elle est flattée, pour une fois ses efforts sont récompensés. « S'il savait... » pense-t-elle « S'il savait ce que je projette pour ce soir. » La tête haute, le regard fier, elle emprunte de nouveau les rues avant d'arriver à la Geary Street où les fans attendent toujours, s'accrochant à leurs rêves absurdes.


• Le Clift. Salon lounge. 14h15--

« FOUTEZ NOUS LA PAIX ! » Gustav se dresse, raide comme un i devant sa chaise. Tous les regards sont tournés vers lui. Les yeux des journalistes sortent de leurs orbites tant la surprise est grande. Le petit Gustav, celui qui ne disait jamais rien, celui qui encaissait les coups sans broncher venait d'ouvrir sa bouche, et de l'ouvrir bien grand. Le visage déformé par la colère, les larmes lui montant aux yeux, il fixe un point au loin dans la pièce pour ne pas flancher. Il fixe cette grosse plante immonde dans le fond. Voilà, la plante. Fixer la plante. La conférence avait plutôt bien démarré pourtant. Et puis, le premier a jeté une pierre, en a suivi une deuxième, une troisième jusqu'à ce que le coeur de Gustav ne puisse plus en supporter d'avantage. Gustav savait que dorénavant rien ne serait jamais plus pareil. Qu'il venait d'engendrer quelque chose qu'il ne pourrait pas contrôler par la suite. Il serre les poings, il serre les dents. La rage qu'il gardait en lui depuis si longtemps bouillonne dans son corps, bat dans ses tempes. Plus un bruit, le silence absolu. « La conférence de presse est finie, veuillez s'il vous plaît quitter les lieux. » Immense brouhaha, contrastant atrocement avec le silence pesant de tout à l'heure. Les journalistes parlent entre eux, se lèvent, quittent la pièce un à un. Gustav est toujours debout, à attendre dieu sait quoi. De part et d'autre de lui, ses amis ne le reconnaissent pas et réalisent que peut-être ils ne le connaissent pas si bien que ça. Gustav regrette déjà, il sait que les remontrances ne vont pas tarder à pleuvoir. Mais contre toute attente, aucun manager ne dit mot. Tout le monde reste muet. Peu à peu, le jeune batteur retrouve son calme. « Je vais prendre l'air. » déclare-t-il simplement avant de quitter la pièce désormais déserte. Il se rend instinctivement dans la cour intérieure. Par chance, il n'y a qu'un couple dehors, savourant leurs cafés sur la terrasse. Le soleil a percé les nuages, et le vent n'entre pas ici. Gustav s'assied sur le banc. Suivi de près par Bill.

_________- « Est-ce que... ça va ? » demande Bill, la voix tremblante.
Gustav soupire.
_________- « Pas vraiment non. J'ai un mal de crâne affreux.. »
_________- « Fais pas semblant de ne pas avoir compris ma question. »
_________- « Non Bill. Non ça va pas. Ca va pas du tout si tu veux savoir. Et la j'ai besoin d'être seul, d'être tout seul tu
_________comprends ?! La compagnie d'un drogué ne m'interesse pas pour le moment ! »

Il est agressif, blessant, méchant. Les mots s'échappent de sa bouche sans qu'il puisse les retenir. Il commence à penser qu'il va enchainer les conneries aujourd'hui. Il baisse la tête et Bill s'éloigne, vexé. A cet instant il a envie que tout s'arrête, que la foudre lui tombe dessus, qu'une rupture d'amnévrisme le tue, une crise cardiaque... n'importe quoi. N'importe quoi pour tout arrêter. Le concert de ce soir ? Il n'ose même pas l'imaginer. Il y a longtemps qu'il ne prend plus plaisir à jouer. Parce qu'il ne veut plus jouer dans ses conditions. Il ne veut plus être épié.

_________- « Il faut y aller. »

Il le sait bien malheureusement. Il suit Hanz jusqu'au hall d'entrée où tous les autres l'attendent. Bill est interdit, fixant avec interêt le sol en marbre noir. Tom et Georg ont remis leurs lunettes, ce qui couvre les trois quart de leurs visages. Un rapide coup d'oeil vers l'extérieur. Cette scène il l'a déjà vécu des centaines, des milliers de fois. Lassé, il enserre le stylo que lui tend Hanz dans sa main faible et attend le signal. Hanz parle fort dans son talki walki. On ne comprend que des bribes de mots un peu étranges. Signe de tête. C'est partit. Gustav passe la porte le premier. Il passe toujours le premier, pour entrer plus vite dans la voiture. Sans lever la tête une seule seconde, il signe tout ce qui passe sous ses petits doigts boudinés. Il se concentre sur ce qu'il fait, n'écoute pas ce que les jeunes filles lui crient. Il avance, la fin de la première rangée. Il se retourne, croise le regard de Tom et entame la deuxième et dernière rangée. Il signe, frénétiquement, énergiquement, comme pour finir plus vite. Il est nerveux, essaie de sourire pour faire bonne figure mais il n'est même pas sur d'y parvenir, il se demande si il est en train de sourire ou de faire une grimace affreusement ridicule. Bientôt la fin de la dernière rangée. Le van a des allures d'ami. Dernier bras à signer. DERNIER. Et soudain, « Tout cela sera bientôt fini Gustav... » Il ne l'a pas rêvé cette fois, il en est certain, il l'a entendu. Il redresse son cou et pose son regard sur elle. Evie. Elle lui sourit, simplement et répète : « Tout cela sera bientôt fini Gustav... » il ne sait pas vraiment pourquoi mais il a envie de lui faire confiance, de la croire, il a l'impression qu'elle a raison. Il lit dans son regard la confiance qu'il avait perdu. Avant qu'il n'ai le temps de répondre quoi que se soit, Hanz le presse à rentrer dans le van noir. En toute reconnaissance, Gustav adresse un signe de tête à la jeune fille. Elle sourit toujours, sans bouger, elle n'a même pas essayé d'avoir un autographe. Gustav grimpe dans le véhicule et disparait sous les hurlements stridents. Ses camarades le suivent de près et le van s'éloigne rapidement vers l'oracle arena. Evie, heureuse de son succès, rentre chez elle.


• Greenwich Street. 16h3o--

Evie est dans sa chambre. Elle a déjà écrit la lettre destinée à sa mère. Elle écrit désormais dans son journal, comme elle le fait tous les jours depuis ses 12 ans. « (...) Je sais que maman m'en voudra, elle aura raison car ce que je fais là, je le fais égoïstement. Je le fais parce que je veux sauver Gustav. Je veux l'aider comme lui m'a aidé. Il m'a réappris la vie, à moi de faire pareil. C'est aussi ma manière à moi de me sentir en vivante... D'être sûre que je ne suis pas morte à l'intérieur. Parce que cette sensation je l'ai depuis trop longtemps. J'ai besoin de sentir le danger, j'ai besoin de sentir que ma vie ne tient qu'à peu de choses, j'ai besoin de sentir que j'existe à ses yeux... j'ai besoin... j'ai besoin de lui être utile, j'ai besoin qu'il me reconnaisse. Quand il a posé les yeux sur moi à l'hôtel... j'ai su, j'ai su qu'il me croyait, j'ai su qu'il avait vu en moi une main tendu vers la vie, vers le bonheur. Maman ne comprendra pas... les gens ne comprendront pas. J'aime Gustav. Parce que je sais qu'il est comme moi, je le sais, je le sens. Il a cette part d'ombre en lui, il a toutes ces choses qu'il ne veut pas dire en lui. Et je sais, je sais combien ça fait mal. Souffrir en silence toujours... je veux le libérer. Je veux qu'il ressente la vie. Qu'il sache que pour quelqu'un il compte. Il compte vraiment. Je veux dire, pas comme toutes ces filles devant l'hôtel... non, je veux dire comme moi. Je veux qu'il sache qu'il est à moi, et que je suis à lui. Je veux qu'il sache que nos destins sont liés, d'une manière ou d'une autre. (...) ma vie continuera. Mais pas de la même façon. Ce qui est étrange... c'est que je réalise que je ne serais heureuse que lorsque Gustav le sera aussi. Les gens riront, les gens pourront rire. Ca m'est égal. Personne n'a jamais essayé de comprendre la petite Evie. La petite Evie elle est morte déjà... elle est morte. Aujourd'hui c'est une autre Evie qui survit. Une Evie vide. Qu'importe, je ferais tout, tout pour lui. TOUT. » Elle referme le journal rose et le laisse en évidence sur le bureau. L'enveloppe pour sa mère est posée sur le lit. Evie récupère le revolver posé sur son bureau, le replace dans son pantalon et va ouvrir la fenêtre. L'orage ne va pas tarder à déverser sa fureur ici. Le voisin joue dans son jardin, insoucient. Tout semble si... normal. Alors que pour Evie, ce jour est si particulier. « Merci. » nul ne saura vraiment à qui elle adresse ce merci. Peut-être simplement à la vie. Il est bientôt l'heure d'y aller. Evie rejoint sa mère devant la télévision. Elle fait semblant de suivre une emission culinaire.

_________- « Prête ? »
_________- « J'espère. » répond Evie.
_________- « Met tes chaussures, nous y allons. »

Evie s'exécute, et enfile de nouveau ses talons noirs.

_________- « Tu as le pass ? » demande Evie.
_________- « Oui, il est là. » lui répond sa mère en tendant le pass.
_________- « Merci. » elle sourit et l'enfile autour de son cou.

Main dans la main, la mère et la fille vont dans le garage et monte dans la voiture. Sans un mot, le contact est enclenché, la marche arrière également. La voiture emprunte maintenant le Bay Bridge. Evie a ouvert sa fenêtre et à posé sa tête sur le rebord. Elle profite de ces derniers instants. Sa mère a parfaitement perçu que quelque chose d'étrange se trame. Elle ne questionne pas sa fille, elle sait bien que c'est inutile. L'autoroute Fimitz. Elles y sont presque. Evie sent son coeur se resserer. Mais elle ne reculera pas. Elle tâte le revolver avec sa main. Si sa mère savait... Evie retrace chaque détail dans sa tête. Le plan n'est pas compliqué, mais il faut qu'il soit respecté. La voila. L'oracle arena. Elle ressemble à un panneau solaire géant et rond. Le parking, vide en période creuse est aujourd'hui plein à craquer et l'on peut voir au milieu, la queue immense qui se dresse. Les milliers de filles, 2o ooo pour être précis, attendent d'entrer. L'excitation est à son comble à cette heure de la journée. Evie et sa mère se garent tant bien que mal et descendent du véhicule. Evie, instinctivement, prend sa mère dans ses bras. « Je t'aime. » lui glisse-t-elle à l'oreille. Toutes deux sourient. « Bonne soirée Evie. » elles se quittent ainsi. La triumph bleue de sa mère s'éloigne. Evie déglutit se disant qu'elle est vraiment désolée. Retrouvant ses esprits, elle cherche l'entrée VIP. Les fans de la queue la sifflent, la huent. Ses yeux cherchent et finissent par la trouver. Une toute petite entrée à l'arrière de l'arène cependant très bien gardée. Evie s'approche des deux brutes surveillant l'accès. Après un simple « Bonjour. » les deux hommes vérifient son pass, l'un deux fait signe que tout est en ordre. Derrière, une jeune femme attend pour la fouille. Le coeur d'Evie est au bord de l'explosion. Ses mains sont moites. Elle essaie cependant de garder la face. Il ne faut pas échouer maintenant. Pas si près du but. La jeune femme l'observe un long moment et demande d'ouvrir le sac, ce qu'Evie fait. Elle fouille le sac de fond en comble. Rien, tout est en règle. Elle pose ensuite ses mains sur les côtes d'Evie, puis les hanches, ce qui la fait frémir. Viennent les jambes, les chevilles. Rien, elle peut passer. Le coeur soudain plus léger, elle entre dans l'Oracle arena. Dieu que c'est grand. Elle marche doucement jusqu'au premier rang, celui de l'avancée. Pas un autre. Elle pose son sac devant, et attend. Les membres du staff sont déjà aux aguets et surveillent ce qu'il se passe. Ils essaient de discuter avec Evie qui leur fait comprendre bien vite qu'elle n'est pas en état. Soudain, des cris. Ca vient d'en haut. Les portes des gradins ont été ouvertes. Ils se remplissent petit à petit, provoquant au passage, un bruit assourdissant. Evie redoute l'ouverture de la fosse qui se fait plus d'une demi heure après. Les cris de nouveau, la course des fans pour être devant. Bien vite, Evie est encadrée de fans toutes aussi délurées les unes que les autres. Evie se concentre avant tout sur ce qu'elle a à faire, elle pense au concert, elle pense à Gustav... elle se demande ce qu'il fait en ce moment.


• Loge de L'Oracle Arena. 2oho3--

Plus que 42 minutes avant l'entrée en scène. Gustav est si nerveux qu'il ne tient pas en place. Georg et tom sont posés sur le canapé marron et attendent en soupirant. Bill sirote un jus de fruit, les yeux dans le vague. Les répétitions ont été chaotique. L'ambiance était malsaine, tendue. Gustav persiste à penser que c'est une salle trop grande pour eux. Qu'ils ont les yeux plus gros que le ventre. Mais il est bien le seul de cet avis. Gustav préfère les salles plus petites. L'ambiance y est plus facilement gérable. L'époque ou ils jouaient devant 1ooo personnes lui semble si loin, à des années lumières.

_________- « Bon, Gustav. Respire un coup et essaie de te détendre ! Fume un joint s'il faut ! »

Gustav ne répond pas, et se rapproche de Bill.

_________- « Tu sais Bill... pour tout à l'heure, je suis vraiment désolé. Je ne sais pas pourquoi j'ai dis tout ça. J'étais pas bien,
_________j'étais en colère, tu comprends ? »
_________- « J't'en veux pas Gustav... ça m'a juste... blessé. »
_________- « Désolé. »
_________- « C'est bon, ok ? Concentrons nous sur le show de ce soir. »
_________- « Oui... »

Que Bill pardonne si vite est inhabituel. Il a plutôt tendance à snober pendant des mois la personne qui ose l'offenser. Quoi qu'il en soit, Gustav est heureux de cette ambiance moins lourde. Ce qui ne l'empêche pas de revoir cette fille aux cheveux de jais et aux yeux verts. Elle a réussi à le troubler. Qu'entend-elle par : « Tout cela sera bientôt fini Gustav... » c'est bien la première fois qu'une fan lui dit autre chose que son propre prénom ou encore : « Baise moi ! » Gustav secoue la tête, de toute façon il n'a jamais rien compris à tout ça.

_________- « C'est l'heure les gars. »

Voila, ils y sont. Tobby les guide dans les méandres de l'immense arène. Vers la fosse aux lions. Le couloir semble durer une éternité. Gustav tape sur une batterie invisible pour se calmer. Le manque d'alcool se fait sentir, il n'a rien bu depuis ce matin. « Scene. » le bruit est impressionnant. On ne s'entend plus parler. Gustav, guidé par Hanz, monte sur Scène et se place derrière sa batterie. Il se sent immédiatement mieux. Sa batterie reste la seule chose qui le raccroche au monde des vivants. Il carresse les tambours, les symbales et prend ses baguettes qu'il fait tourner avec frénésie autour de ses doigts. Il observe Tom et Georg se placer eux aussi, aidé de Tobby qui éclaire comme il peut avec une lampe de poche... vraiment de poche. Le rideau est trop épais pour que l'on distingue quoi que se soit. Mais l'ambiance qu'il y a derrière laisse présager qu'ils font salle comble ce soir encore. Les 2o ooo âmes frappent le sol, s'impatientent et scandent : « Tokio Hotel » avec vigueur. Gustav respire lentement, cherchant un peu de réconfort du côté du pladond. Il semble si loin au dessus de lui. Les techniciens testent une dernière fois les spots. Tout semble fonctionner à merveille. Sauf le cerveau de Gustav marche au ralentit, comme anesthésié. On entend comme des cris de guerre de l'autre côté. Et c'est bien ça, c'est la guerre, la jungle. La chaleur remonte jusqu'à lui. Il voit la vapeur s'échapper du rideau et imagine combien la plupart de ses fans doivent resister pour tenir leurs places. Gustav s'étire une dernière fois. Le rideau tombe. Les cris redoublent. Les flashs pleuvent. En une fraction de seconde, Gustav retrouve conscience, il s'éveille. Ses deux baguettes en main, il démarre. Concentré, il le sait, le début du Show repose essentiellement sur lui. Il frappe sur sa batterie, un petit diable enragé. Georg et Tom l'accompagnent finalement. Ainsi commence le grand spectacle Tokio Hotel. « Perfect day » la chanson phare de leur album met tout le monde dans l'ambiance. Gustav se laisse entraîner. Le plaisir n'est pas au rendez-vous. Mais il joue, machinalement bien. Chaque mouvement de ses bras lui inflige une douleur atroce, pas dans les muscles, mais dans le cerveau. Ca fait un an qu'il joue ainsi. Enchainé à ses démons. Un an qu'il fait semblant. Un an qu'il vit aux USA. Un an que sa vie privée se résume au néant. Un an qu'il n'en peut plus. Levant les yeux, relevant la tête, il examine l'immense foule qui se dresse sous ses yeux. « We know it, this day will be perfect, just a perfect day with you... » Bill charme les fans, leur parle. Gustav les regarde simplement. Il ne comprend pas... pourquoi eux, pourquoi tout ça ? L'ont-ils vraiment mérité ? Ils ont menti, triché, et ils continuent. Il voudrait se lever, crier à tous ces gens de partir. D'arrêter de croire en eux, puisqu'eux même de croient plus en ce qu'ils font depuis longtemps. Personne ne l'écouterait... Gustav l'a réalisé il y a quelque mois. Il voulait quitter le groupe, laisser tomber. Rapidement, il s'est ravisé. Les pressions de sa maison de disque, et son contrat lui ont rappellé que depuis 2oo5 il n'est plus libre de ses choix. Il a des chaînes invisibles, qui le fixent à sa batterie. Il ferme les yeux, chassant ses mauvaises pensées, il se déchaine sur son instrument. Le manque d'alcool s'atténu. Occuper son esprit l'appaise. Il se concentre sur chaque chanson, et tente de donner son maximum répétant dans sa tête : « Tout ça sera bientôt fini Gustav... » sans savoir qu'une jeune fille, au milieu des autres, la répète elle aussi pour se donner du courage.


• Oracle Arena. 22h32--

Le show touche à sa fin. Evie, transpirante, plaquée contre la barrière métallique, ne sait plus où regarder. Bill, Georg et Tom se dressent devant elle, fiers comme des pinsons. Saluant chaleureusement le public qui les a adulé près de deux heures. Evie applaudie, elle est le seule à applaudir. Le spectacle et la dureté de la fosse, lui ont laissé des marques. Ses cheveux sont en bataille, Son dos est griffé de haut en bas, son mascara noir à coulé en même temps que ses larmes le long de ses joues, la transpiration perle sur son front. On pourrait croire qu'elle vient de se battre. C'est un peu le cas. Elle a lutté contre sa conscience, contre ses sentiments toute la soirée. Le revolver commence à lui faire mal. Elle doit avoir une immense marque sur le ventre à force d'appuiyer. L'engin est fermement maintenu par la couture du pantalon d'Evie, et bientôt, il servira. Le déroulement des évements, elle le connait par coeur. Comme prévu, les trois copains lancent mediators et autre serviettes. Les vagues dans la foule sont impressionnantes. Les filles pleurent, crient. C'est un mélange d'euphorie et de tristesse. Evie n'y prête pas attention. Le spectacle est terminé, elle n'a pas le temps pour les larmes, elle n'a pas le temps d'être triste, son spectacle à elle va commencer. Son coeur s'affole, mais elle doit tenir, être forte et ne penser qu'à ce qu'elle doit accomplir. Un mois, et tout sera réglé en une fraction de seconde. Bill, Georg et Tom quittent l'avant-scène laissant Gustav savourer son seul et unique moment près de son public. Gustav, torse nu, avance en tappant dans les mains. Evie pâlit, Evie tremble. Gustav est planté au milieu de l'avant-scène, il se baisse pour saluer et tappe de nouveau dans les mains. Evie a cessé d'applaudir. Elle pousse sur ses bras pour se donner un peu d'espace, maintient cette position avec les genoux et tire le revolver de son pantalon. « BANG ! » Un coup, un seul et le temps s'arrête. La balle, dans une vitesse folle, vient se nicher entre la première et la deuxième côte droite. Gustav s'immobilise, regardant avec stupeur le sang qui s'échappe de la plaie béante. La bouche ouverte, il tourne ensuite la tête vers Evie. Elle pointe toujours le canon du revolver vers lui, elle lui sourit en pleurant. Puis, c'est le trou noir, Gustav tombe à terre. Il ne distingue plus très bien le reste, les gens sont flous. Il n'entend pas ce que les secouristes lui disent. Il n'arrive qu'à tourner la tête. Il veut voir Evie, il la cherche mais ne la voit plus. Ses yeux se ferme, il est épuisé, une larme roule le long de son nez. Il redresse la tête et se laisse emmener. C'est sans doute vraiment fini...

22h37. C'est fait. Gustav vient de recevoir mon cadeau douloureux. J'ai eu le temps de voir, de savoir que tout irait à merveille désormais. J'ai bien visé, j'ai vraiment bien visé. Il me regarde, il a peur, je sais qu'il a peur. Mais il faut qu'il en passe par la. C'est le chemin de la guérison. Il ne le comprendra que plus tard. Le revolver glisse de ma main, elle ne tremble plus. J'entend l'arme s'écraser au sol dans un bruit lourd. Autour de moi, c'est la panique. Les fans hurlent et courent dans tous les sens. Sans doute s'imagine-t-elle que je suis une folle furieuse et que je vais tirer dans tout ce qui se dressera devant moi. Erreur. Si seulement elles pouvaient voir les choses à ma manière. La salle se vide, le staff dirige les fans vers les sorties de secours. Les garde du corps m'empoignent violement, me plaquent au sol et me mettent les mains derrière le dos. Je sens le contact du métal froid sur mes poignets. Tout ça, je l'avais déjà prévu. Je le savais. J'avais aussi envisagé la possibilité de me faire tirer dessus à mon tour. Je jette un dernier coup d'oeil à l'avant scène, un dernier regard à celui qui m'a par le passé, sauvé la vie. Je sais que ça ira, je le sens. Bill, Tom et Georg sont en pleurs devant le brancard. Eux aussi comprendront après m'en avoir voulu. Je sais combien ils souffrent en ce moment. Je sais ce qu'ils ressentent. Comme si rien de tout ça n'était réel. Comme si on les avait posé la. Au milieu d'un film dont ils ne veulent pas être les acteurs. J'ai vécu tout ça. Alors je sais combien c'est douloureux. On m'emmene, je ne sais pas encore où. Peut-être est-ce préférable. Je me retrouve dans une pièce sombre, assise sur une chaise en bois. Ils appellent la police. On va m'emmener, m'interroger des heures durant, me salir, me trainer dans la boue, on prétendra que j'ai perdu l'esprit. On me haïra. Ca ne fera pas mal à mon coeur. Je sais que plus tard les gens sauront.

_________- « Pourquoi souris-tu Evie ? » me demande le policier.
_________- « Parce que Gustav est libre maintenant et que mon esprit l'est également. »


• 2o15. vol HLX3121--

Un petit garçon d'environ 8 ans s'agite. Plus de quatre heures que l'avion a décollé. Le trajet commence à se faire long. Sa mère, une femme d'une trentaine d'années essaie de le calmer, ce qui est plutôt difficile puisqu'ils ne sont pas à côté. Entre eux, un jeune homme de vingt-six ans est assis. Casquette vissée sur la tête, casque sur les oreilles, il semble n'avoir pas grandit et pourtant... Pourtant il est si différent de celui qu'on connaissait il y a cinq ans. Il est heureux, vraiment heureux. Il se sent libre, comme si tout le poids du passé c'était soudain envolé. Derrière son oreille, il a un nouveau tatouage. Un « E » mystérieux. Le petit garçon renverse son pop corn. La jeune maman est exaspérée.

_________- « Je suis vraiment désolée ! Mon fils est intenable aujourd'hui. Ethan ! Laisse le monsieur tranquille ! »
_________- « Laissez le, il ne me dérange pas. » répond Gustav, souriant.

Il cale sa tête sur le siège. Rien ne peut réellement l'atteindre aujourd'hui. Il tient fermement une lettre dans sa main. Cette lettre il l'attend depuis si longtemps. A l'intérieur, trois mots. Trois mots ridicules mais qui, il le sait, changerons à jamais sa vie. « Droit de visite. » Son sourire ne le quitte plus depuis Magdebourg. Il a mis du temps à réaliser... à réaliser qu'il était de nouveau vivant. Il avait bien sûr quitté les Tokio Hotel. Le batteur n'existait plus que dans ses souvenirs. Il était revenu vivre en Allemagne, il était de nouveau chez lui. Que de temps perdu à faire semblant. A croire qu'il finirait par s'habituer à la morosité. Plus jamais il ne se laisserait aller au malheur. Plus jamais. Elle lui avait ouvert les yeux en grands. Elle, Evie. Ce fameux « E » il l'avait fait tatouer pour ne jamais oublier, pour ne jamais l'oublier. Il regarde sa cicatrice à nouveau. Il n'avait pas compris pourquoi... et finalement il sait. Elle n'a pas voulu le tuer. Elle l'a simplement poussé vers la mort pour qu'il sache enfin... qu'il sache que la vie est si précieuse. Qu'il sache qu'il n'a pas le droit de se détruire. Sans elle, il n'aurait pas sauté le fossé qui séparait du fantôme qu'il était, du Gustav qu'il voulait être. Souriant à s'en déccrocher la machoire, il est simplement méconnaissable. Il n'a plus besoin d'alcool pour aller bien. Il est libre. Enfin libre.

_________- « Pourquoi vous rendez vous à San francisco ? » demande la jeune maman, mi-curieuse, mi-gênée.
_________- « Aujourd'hui, je vais revoir celle qui m'a sauvé la vie en me tirant une balle dans la poitrine. »

La discussion s'arrête là. Gustav ferme les yeux. « Merci Evie. »

# Posté le lundi 18 août 2008 15:45

Modifié le jeudi 21 août 2008 18:03